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JE CHANTE DIEU

Pour L'Amour universel



Desclée De

Brouwer

2006


© 1995 - 2008 Univerkey pro.

JE CHANTE DIEU

- la passion d'une missionnaire:

- Une Enfance ordinaire, un appel extraordinaire...

- Le coup de Foudre musical...

- Le village natal Deir-el Ahmar...

- Oum Kalsum et Maria Callas...

- L'Epreuve de la compation...

- Adieu Medecine...

- Nuit de Noêl et Télévision...  

- Diplôme d'Oratorio...

- Voeux perpétuels...

- Dans la caves de Beyrouth...

- Le concert des sept Evêques...

- Des tests scientifiques...

- Le premier chantre...

- Pionniers d'Orient..

- Le procès de la beauté...

- Crise de vocation?...

- Aide humanitaire et spiritualité...

- Dialoguer dans l'Eglise...

- Liban : Reconstruire les âmes...

- La souffrance et la grâce...

Editions du Rocher-PARIS

- CHANT CULTUEL DANS LA VIE DE L'HOMME
(EDITION EN COURS) 

Le sujet de ce livre n'a pas été choisi au hasard. Il répond en réalité à des préoccupations profondes et anciennes. Chantre, depuis l'enfance, je me suis toujours demandée quel était le rôle et la fonction du chant dans la vie de l'homme, dans les liturgies orientales que je pratique; quel est mon rôle en le transmettant ?

Ce chant, deux fois millénaire, ne nous est pas parvenu tel quel. Comment le transmettre en le respectant comme une uvre d'art, une uvre divine ?

Manifestement, il a subi des vicissitudes. Mais à quel point, dans quelle mesure, sous l'influence de qui et de quoi ?

La présente étude a été de répondre à ces questions personnelles et à d'autres d'ordre communautaire et pastoral. Acteur dans la re-création, la transmission et l'histoire contemporaine de ce chant cultuel; engagée, inévitablement, dans la rénovation de nos répertoires liturgiques, je me suis interrogée sur la nature de mon expérience, ses perspectives de recherche et d'enseignement. Comment assumer objectivement, historiquement, cette rénovation et la fonder sur des bases scientifiques pouvant contribuer à la sauvegarde d'un patrimoine deux fois millénaire, qui, déjà se fondait sur des traditions antiques, au témoignage des auteurs de l'époque paléochrétienne comme Bar Hebræus ? Il n'était pas question d'agir spontanément selon des réactions de sympathie ou d'antipathie, mais de rassembler les données d'une critique positive et constructive les unes littéraires et historiques; les autres technologiques.

Cette étude a été pour moi un acte de foi, et l'occasion de faire partager autrement un enthousiasme - au vrai sens du terme.

C'est pour ces différentes raisons je me suis jetée dans cette vérité divine qu'est le chant cultuel. Expression véritable de l'art divin et de la perfection du Verbe, il a été au centre des préoccupations de nombreux philosophes et docteurs de l'Eglise, qui ont essayé de pénétrer la signification de cette perfection, exprimant en une réalité audible, l'inaudible.

Ma préoccupation a été de discerner puis décrire l'expérience quoditienne de la vie d'un chantre, de saisir ses réactions en face de la Tradition, des circonstances dans lesquelles il la pratique, en présence des textes séculaires, qui nous remettent, ipso facto, dans l'état psychologique de nos ancêtres. En somme, il s'agissait d'examiner les divers aspects anthropologiques de la pratique de ces deux Eglises soeurs, maronite et melkite, qui ont gardé chacune leurs structures originelles, constituées au cours des siècles par les mêmes religions et philosophies.

Possédant un grand pouvoir d'expression, quels rôles et fonctions le chant peut-il exercer sur le plan psychologique, physiologique, sociologique et émotif ? Dans le présent livre, j'ai essayé d'éclaircir ces effets en suivant quatre orientations différentes :

a) dans le contexte traditionnel, religieux, philosophique et théologique.

b) dans un domaine socio-culturel lointain et actuel, à l'intérieur duquel se développe le chant; cela impliquant des caractéristiques liées à l'évolution humaine.

c) dans l'esthétique, l'émotionnel et l'affectif, au travers des effets sociologiques et psychologiques. Cette vérité vocale et spirituelle, comment s'exerce-t-elle sur le chantre et sur l'auditoire ? Par ses effets imprévisibles, le chant cultuel peut affecter profondément l'homme et colorer sa religiosité. Et si la religion adresse à l'homme un message à travers le chant, ce dernier favorise un message artistique déjouant le temps.

d) Enfin, en rapprochant le physiologique et la technique qui sont étroitement liés à la personnalité. Alors que dans les autres contextes, les niveaux littéraires et historiques sont mis à profit, dans celui-ci, j'ai utilisé des matériaux techniques : enregistrements, sonogrammes et radiographies pour voir comment se traduit physiquement l'intériorisation viscérale et mentale opérée par le chantre. Le chant n'est pas une entité abstraite; il est une manifestation de la vie; il est humain.

Pour cela, j'ai divisé ce livre en quatre parties et douze chapitres.

Dans le premier chapitre, j'ai rappelé la place des psaumes dans le rôle et les fonctions du chant cultuel. En cherchant à se remémorer l'état et la cause primitive du chant, celui-ci redevient introspection en soi, à la fois pour le chantre, le célébrant et l'assemblée des fidèles. Tous se situent hors de l'histoire, hors du temps. On bascule subitement dans le mythe; le mythe étant l'histoire vécue hors du temps. Il s'agit de renouer entre ces sources et nous-mêmes, en tant qu'acteurs cultuels. De quoi sont faits nos états d'âme en face de nos églises et par rapports aux générations des premiers chrétiens qui, chacun dans sa foi, avait contribué à constituer les répertoires liturgiques ? Globalement - et même dans le détail - le chantre revit cette expérience et son histoire à chaque fois qu'il recréé son art. Cet acte individuel se transforme, immédiatement, en action de la conscience collective, parce que l'on prononce les mêmes mots; les mêmes phrases.

j'ai exposé les fonctions du chant : du cri primaire au chant de louange; chaque étape historique étant à la fois une étape psychologique à recréer. Le chant capte et transcende la force du symbole; et le symbole le transcende. En puisant ses traditions dans l'Ancien Testament, le chant cultuel émante, à nouveau, et fait revivre ce qui fut sa raison d'être, son énergie première.

Dans un contexte traditionnel, il est impossible de faire abstraction des sources religieuses, philosophiques et historiques. Ainsi, au chapitre II, j'ai rassemblé une partie des sources antiques et paléochrétiennes du chant maronite et melkite, et plus particulièrement les apports grecs.

Le temps ne nous éloigne pas de l'essence des choses. Au chapitre III, après l'avoir traduit et commenté, j'ai cité un long passage des Livres IV et V de l' Ethicon de Bar Hebræus. Ce qu'il nous apprend est capital pour sortir de l'impasse où l'on considère les traditions comme appartenant plus particulièrement (pour ne pas dire exclusivement) à l'oralité. Il nous donne les codes (véritables principes de thérapie pour les âmes et les corps), suivis par les mélodes pour assurer le rôle et la fonction du chant.

Ce qu'il écrit n'est pas une invention remontant au XIIIe siècle, mais la transmission d'une haute tradition, tant religieuse que philosophique et scientifique, qu'il respecte, applique et transmet. La doctrine des quatre éléments, des quatre tempéraments qui interviennent dans la conception des modes de l'octoïchos, faisait partie du Corpus hippocratique, notamment dans les Traités intitulés : De la nature de l'homme; Des Airs, des eaux, des lieux; et de l'Ethique pythagoricienne, si proche de l' Ethique chrétienne. Surtout, plus nettement qu'on ne l'espérait, ce texte permet de cerner l'essence des Traditions ; et ce qu'est La Tradition.; ce que sont les modes musicaux.

Aux chapitres IV et V, j'ai suivi la deuxième orientation, c'est-à-dire le domaine domaine socio-culturel, en traitant les caractéristiques qui font l'identité du chant cultuel des Eglises orientales, héritières de la tradition de l'Eglise d'Antioche.

Les chapitres VI et VII sont consacrés au chant cultuel maronite et melkite face aux cultures arabe et occidentale. On y observe des influences réciproques sur la technique, la composition et l'interprétation des répertoires de nos deux Eglises. Ils complètent nos chapitres II et III.

Le chapitre VIII concerne le rapport entre le chant cultuel et la notion du sacré. Que le chantre soit soliste, qu'il fasse partie du choeur ou de l'assemblée, il y a toujours, entre son art et la notion du sacré, un tiraillement qui influe sur l'émission vocale - le pont qui mène à Dieu.

Au chapitre IX, est étudié le mouvement transcendantal qui rattache la vérité spirituelle du chant à la vérité humaine. Le chant serait-il une image vivante de la foi et la technique vocale une manifestation "physique et symbolique" de l'union du corps et de l'âme ? Le chant n'est-il pas l'éducateur spirituel de l'homme pour qu'il y ait rencontre entre sa vie mystique et sa vie publique ? Ce qu'on ressent en chantant crée en nous des états psychologiques que l'on ne peut garder pour soi. Un lien s'instaure entre le chantre et l'auditoire. Ce sont les images de ces moments et états psychologiques qui s'échangent.

Au chapitre X, est abordé le problème de l'esthétique et de l'expression. L'expression apparaît comme un processus et une expérience d'intérioriation et d'extériosation. Alors que l'instrumentiste a le loisir de jouer pour lui-même, paradoxalement, celui qui chante s'adresse toujours à l'autre. Mais l'autre ne l'entendra pas, si toutes les composantes de cette communication ne sont pas requises. Chanter sans foi, cela ne se dissimule pas.

C'est pourquoi, dans le chapitre XI, j'ai cherché à décrire la vérité humaine dans l'émission vocale; c'est-à-dire les fonctions psychiques, physiques, psychologiques (émotions, effets, etc.) en relation avec le spirituel et le traditionnel.

Au chapitre XII, partant de la technique vocale, il m'est apparu que la finalité de l'émission vocale engageait l'homme dans son unité physique et psychique. Etant chantre de deux Eglises orientales pratiquant deux rites différents et de langues différentes (syriaque, grec byzantin et arabe), avec l'occidental, quatre types d'émissions vocales s'imposent. Leurs différences m'ont mise à même de ressentir les interconnexions entre le texte, les niveaux physiques de l'intonation et de l'émotion, étroitement liés à la psychê humaine. La voix n'est-elle pas l'articulation fondamentale de la structure humaine, par laquelle le conscient s'ouvre à l'inconscient et l'homme à Dieu, à lui-même et à l'autre ? Ce sont ces lieux et mécanismes qu'il est désormais possible d'explorer, scientifiquement, avec les sonagrammes et les techniques de photographie et de radiographie en video. Ainsi, créations de l'homme, l'art et la science retournent à l'homme.

En somme, dans cette étude, j'ai tenté l'analyse d'une expérience vécue sous divers aspects artistiques, religieux, physiques et psychologiques, pour essayer de savoir comment le présent s'ancre dans une histoire que la pratique religieuse actualise et réactualise sans cesse.

Je pense en premier à mettre en application le texte de Barhebraeus pour en vérifier l'application autant dans la tradition orale que manuscrite, vérifier, notamment, le rapport entre le texte et le temps liturgique, quant au choix des modes musicaux et des mètres poétiques, qui sont aussi le nom des qole (modes) syriaques.

En supposant, comme je le pressens, que ces vérifications soient positives, il sera alors possible d'entrevoir au cours de l'histoire les niveaux de continuité et de rupture dans la transmission de la Tradition.

Le sonagramme et la radiographie ne suffisent pas. Inversement, ce qui a été fait en radioscopie est une première. Les résultats devraient aboutir à une connaissance précise sur le rôle de l'appareil vocal dans mouvement intérieur de l'homme.

Enfin, j'ai conscience que ce livre, qui est un programme de recherche et d'enseignement, contribue déjà à renouveler, non seulement ma propre perception de l'art vocal et du chant cultuel, mais précise plus encore les liens entre la foi et l'interprétation de ce patrimoine ancestral.

Soeur Marie Keyrouz

Thèse de Doctorat à consulter à la Bibliothque Nationale de Paris

Bibliothèque de la Sorbonne-Paris